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Dimanche 13 août 2006
Le temps est vraiment mauvais depuis quelques jours sur le Valais suisse: froid, pluie ou neige fondante sont annoncées sur le parcours de Sierre-Zinal. A l'heure du départ des " touristes " (marcheurs), c'est à dire 5 heures du matin, les organisateurs hésitent encore à écourter le parcours ! Ils laisseront finalement les " coureurs " dont le départ sera donné à 9 heures précise, pour les 31 kilomètres d'un parcours dont la dénivellation sera de 2000 mètres. Départ à Sierre (500 mètres), Weisshorn (Nava: 2500 mètres) pour une arrivée jugée à Zinal (1600 mètres).
Je me sens très nerveux au réveil, j'aurais pu dormir mieux... Je mange un maximum au petit déjeuner, soit 2 heures 30' avant le départ. C'est 30 minutes trop tard, mais l'hôtel n'offrait pas meilleur service, et puis surtout, je n'ai pu me lever plus tôt ! C'est que l'air de la montagne fatigue, même sans trop en faire...
L'hôtel est à moins de 20 minutes du départ à Sierre, et déjà je paraîs le plus stressé. Il fait froid et il pleut, je suis anxieux et ne sait pas comment je dois me vêtir pour la course. Je suis équipé d'un survêtement léger par dessus lequel j'ai enfilé le maillot ETE. Xtof me conseille de prendre avec moi un coupe vent qui me protégerait éventuellement de la pluie et du froid ! Par mesure de sécurité et incertain, je le met autour de la taille... il ne me servira jamais...
La casquette sur la tête et un CamelBag dans lequel j'ai placé 3 doses de WinDose, je me place sur la ligne de départ ! Quand je dis sur la ligne, c'est presque vrai, car grâce à l'opportunisme de CriCri, nous forçons un peu le passage et nous sommes dans le premier quart du peloton. A l'avant, j'apperçois Sanchez, Burns,... et surtout Riccardo Mejia le mexicain, champion du monde de course de montagne en 2004 !! L'instant est magique, Xtof et moi-même nous apprêtons à vivre un grand moment. Nous tournons la tête et voyons une tête bien connue des challenges régionaux en Belgique: c'est Xavier Wauquier ! Notre compatriote disputera tout comme nous et pour la première fois, la plus difficile course de montagne d'Europe...
9 heures précise !! Le " start " est donné. Trente mètres de plat, on biffurque vers le " Col asphalté " menant à Chandolin, Zinal... Celui-là même qu'emprêteront nos compagnes, Lisa et Julie avec les enfants, pour nous voir passer à Chandolin pratiquement deux heures plus tard...
600 mètres d'asphalte en pente " douce " par rapport à ce qui nous attend ! Puis, une épingle en amuse-bouche et on commence les hostilités. La pente est raide et caillouteuse, cela durera pendant 4 kilomètres de mal en pis jusqu'au premier ravito (Beauregard à 1146 mètres d'altitude). Je débute à peine la montée, après quelques centaines de mètres, je me retourne pour voir où est Xtof mais ne l'apperçois plus ! Un instant, je me pose des questions ! Ne suis-je pas parti trop vite, suis-je inconscient et fou de suivre la cadence de mes adversaires !? Je poursuis et doute de l'issue finale de la course, mais je ne peux pas arrêter net, je participe à une course et dois me battre...
Au kilomètres 4, j'entend quelques " locaux " qui ricanent au ravito. Non, nous ne sommes pas des marcheurs, mais des coureurs à pieds, vous avez vu par quoi on nous fait passer !! Bref, les pulsations à 184 p/', mon but ultime sera de terminer la course: point final !
Je perd quelques places jusqu'au sommet de la première " très " grosse difficulté à Ponchette, 1870 mètres et kilomètres 7. Sur les 3 derniers kilomètres, j'ai stabilisé mes pulsations vers les 165 pulsations/minutes. L'air de rien je ne perd pas énormément de temps sur les coureurs autour de moi. Je stabilise ma position. Lorsque cela est vraiment excessivement pentu je marche très vite, sinon, je cours très lentement... Les pourcentages ont raison de moi et je ne peux faire autrement, c'est déjà très bien comme ça...
Après Ponchette, c'est toujours pentu mais j'ai l'impression de digérer mieux les difficultés, je pense que les muscles de mes jambes sont maintenant " rôdés " au pourcentage ! Les difficultés sont entrecoupées de tronçons en faux-plats qui me font un bien fou, cela me permet de récupérer un peu, juste un peu...
Des panneaux jaunes de " randonnées " annoncent Chandolin ! Cela me booste, j'ambitionnais de passer entre 1 h 30' et 1 h 40' à cet endroit, qui se situe après 12 kilomètres de course. Je sais pertinemment bien après 10 kilomètres qu'il me sera impossible de passer sous ces chronos à Chandolin, tout comme je sais aussi que je ne ferai pas 3 heures 30' à Zinal... La réalité du terrain et les conditions climatiques me ramènent à la raison ! Humilité, persévérance et courage sera ma ligne de conduite aujourd'hui pour faire une belle course. J'ai l'intention de tout donner de toute façon !
Une légère descente précède Chandolin, je passe finalement à Chandolin en 1 h 47' 36", c'est pas si mal que ça ! Je suis déjà content et le moral est au beau fixe, surtout que je viens d'avoir les encouragements de nos fidèles supportrices !! Je m'excuse presque d'ailleur auprès de Julie et lui dit que j'ignore où se trouve CriCri derrière-moi... Lisa et Alessia me crie leur encouragement, cela me fait un bien fou. Dès ce moment, je savais que j'irai sauf accident, jusqu'au bout...
Après ce passage qui était aussi un point de ravito, cela remonte vers Weisshorn et ses 2400 mètres. Je me sens tout à coup moins bien ! Etait-ce psychologique ou physique ? Je suis pris de nausées qui heureusement passeront après quelques minutes. Je monte vers " le Weisshorn " et j'absorbe ma troisième doses de " WinDose " de la journée(nutriment très efficace de notre sponsor..). Une, une heure avant la course, une à la première heure et une à la seconde heure de course. j'en prendrai encore une à la troisième heure de course...
Le tronçon entre Chandolin et l'Hôtel Weisshorn me semblera plus court. En effet, j'avalerai ces 8 kilomètres en 58'12", pour un dénivelé de 387 mètres. C'est que les sentiers sont de plus en plus étroits et... impraticables !
Le ravito Weisshorn me fait de nouveau un bien fou (Banane, thé chaud, sucre,..), j'évite l'eau qui est glaciale car il ne fait que 3°C ici. Après le ravito il commence à neiger, heureusement celle-ci est fondante. J'ai peur de prendre froid car l'on court à découvert et l'endroit est vraiment désertique !! Dommage que les nuages ne permettent pas de voir ce qui se trouve sous nos pieds en contre-bas, car le vide n'est qu'à quelques mètres pourtant..
Les 5 kilomètres suivants me paraîtront par contre une éternité. En effet, du 20 eu 25ème kilomètres, on ne sait pas exactement si on descend ou si l'on monte. En fait, on fait les deux, on escallade presque des rochers glissants, on traverse des petits cours d'eau, des ponts de bois glissants également, on fait des accrobaties à travers des racines.. Bref, cela ressemble de moins en moins à une course à pieds et de plus en plus à un parcours " commando "..
Tout comme Xtof, je n'ai jamais vu le " panneau " Nava et ses 2425 mètres, point culminant de la course... Je n'ai pas compris non plus que je commençais la descente vers Zinal et autrement dit les 7 derniers kilomètres de course ! J'étais je pense à ce moment là dans un état second !!! Plus de notion de temps, de froid, ni de fatigue, j'avançais c'est tout et le plus... vite possible.
Un peu livré à moins même et assez isolé, je remonte tout à coup quelques concurrents et me retrouve derrière une athlète féminine. Je me rend tout à coup assez stupidement compte que la descente terrible dont on me parlait avant la course, en fait j'y étais !! Un moment donné, un panneau annonce Zinal 3 Km ! Moi qui pensait être entre 7 et 5 Km de l'arrivée, ce panneau me " dope ". La descente est terrible, horrible et très très très.. dangereuse. Mon adversaire féminine en question m'aide énormément, je peine à la suivre mais me décide à " l'accrocher ". C'est qu'elle est très rapide tout en étant très prudente, elle est surtout très efficace ! " Dans sa roue ", on reprend pas mal de concurrents, elle évite de justesse la chute, pour ma part, je me retrouverai une seule fois au sol et glisserai tel un skieur sur une bonne dizaine de mètres. Par chance, aucunes séquelles, à peine une légèrè égratignure au genou droit. Cette chute me fait même sourire et je prend un réel plaisir car je sais qu'en restant attentif, Sierre-Zinal est en poche. De plus, j'ai vraiment l'intention de finir sous les 4 heures, il reste 500 mètres de course après un petit pont sous lequel nous passons. J'accélère encore et termine en trombe ces dernières centaines de mètres, la pluie coule de partout, il fait froid mais je suis super content: après 3 heures 56 minutes et 24 secondes je passe la ligne en 206ème position (122ème/305 élite) sur 713 arrivées.
Voici le récit d'un bel objectif sportif réussit ! Merci à Albert pour ces conseils et ses plans d'entraînements, ainsi qu'à tout ceux qui m'ont encouragé avant, pendant et après ces beaux moments de sport !
Félicitation aussi à TOI Christophe, pour ta réussite à Sierre-Zinal !! Peu importe le chrono, tu as réussi tout comme moi ton défi personnel, c'est là l'important ! Merci de m'avoir poussé à relever le défi, l'an prochain, on s'en fixera un autre de taille...